vendredi 14 septembre 2012

"la magie du mascaret, c'est l'esprit de partage"


Le mascaret est une vague qui se forme dans l'estuaire de la Gironde quand la marée montante de l'océan Atlantique croise le courant de la Dordogne. L'onde créée par le choc remonte alors le fleuve… et devient un paradis pour les amateurs de glisse. Ce week-end, époque de grandes marées, le phénomène sera encore plus spectaculaire. Ce sera donc la fête à Saint-Pardon, un petit port hameau de Vayres.
Les champions de tandem, Rico Leroy, 39 ans, et Sarah Burel, bientôt 24 ans, vivent dans le sud-ouest et surfent le mascaret depuis une dizaine d'années. Dernière expérience en date, cet été. Je leur ai demandé leurs impressions.


 Rico et Sarah © Le Mascaret
 « Sur le mascaret, il n'y a qu'une bonne vague. Quand il y a du monde, on a donc une seule idée en tête : survivre !, raconte Rico Leroy. Ne pas tomber, ne pas se faire bousculer par son voisin, ne pas perdre la vague… Voilà l'enjeu ! Quand on est moins nombreux, on peut chercher à réaliser des courbes, des manœuvres, à générer un peu plus de vitesse. Alors la glisse devient plus intéressante.» Il ne faut pas venir sur le mascaret pour trouver des sensations techniques ultra-fortes. «La vague développe peu de puissance, ce n'est pas une ondulation qui déferle, précise Rico. En plus, l'eau non salée diminue la flottaison et modifie les effets hydrodynamiques qu'on connaît en mer». 

Sarah Burel @Bénédicte Salzes
Sa partenaire Sarah considère aussi que le mascaret est assez facile: «Pour les surfeurs, c'est de la glisse toute droite et moins rapide qu'en mer… Il faut juste savoir ramer pour garder la vague quand elle ramollit. Mais pour nous, en tandem, le mascaret présente quand même un gros avantage : pouvoir enchaîner les portés et les figures plus longtemps, plusieurs minutes au lieu de quelques secondes en mer ».  
Un enchaînement qui sollicite le physique : «Bizarrement, les bras ne sont pas les plus fatigués, rigole Rico. Ce sont les jambes. Ça brûle, de tenir sur la planche si longtemps! D'ailleurs, en surf, on dépasse rarement 10 minutes sur la vague. Mon record sur le mascaret est de 20 minutes, mais en pirogue, assis… »

Sarah a tendance à trouver le mascaret un peu rustique. Le manque de confort est un sujet de plaisanterie récurrent avec ses copines. «Se lever le matin très tôt, descendre dans la rivière en plein froid,  s'accrocher aux berges avec de la boue jusqu'aux genoux, ne pas voir le bout de ses doigts quand on plonge la main dans l'eau… Je ne suis pas fan. Mon côté superficiel, sans doute!»  



 Rico et Sarah © LTDT
Mais alors, où se cache la véritable magie du mascaret ? «C'est une vague infinie. On a l'impression qu'elle ne s'arrêtera jamais, s'enflamme Rico. Le matin, en arrivant aux aurores, on l'entend d'abord. Un grondement. Puis d'un coup, on voit arriver ce rouleau de 80 cm et le ride commence, dans un cadre magnifique. Le village de Vayres est très mignon, le coin aussi». Sarah, perchée sur les épaules de Rico, aime aussi ce panorama splendide : «De là-haut, je vois le paysage défiler, la beauté des berges, du port… Et puis surtout, il y a une super ambianceOn se parle, on se pousse, on rigole entre voisinsLe mascaret mélange toutes les disciplines, des gens de tous horizons. C'est bon enfant.» 

Rico Leroy
Voilà, on en parle… L'ambiance ! Le mascaret, c'est un partage. La seule valeur qui compte aux yeux de Rico. «Venir seul n'a aucun intérêt pour moi. J'aime être ici avec Sarah en tandem. Ou y amener quelqu'un qui ne l'a jamais fait…  Il y a peu de mascarets dans le monde. Quand des amis étrangers arrivent ici, ils sont toujours rebutés au départ. "Quoi ? Du surf sur une rivière ? Tu es fou ?" Mais ils repartent conquis parce que cette expérience est extraordinaire!» Avoir navigué sur le mascaret en pirogue avec son ami hawaïen Brian Keaulana reste le meilleur souvenir de Rico. «Il m'avait initié à la pirogue et à d'autres sports hawaïens chez lui, à Makaha. Alors j'étais fier de lui faire découvrir à mon tour une richesse de mon pays ! Il a adoré le mascaret. A l'origine, il était là pour une épreuve de Coupe du monde en Espagne, mais juste après, il est revenu pour surfer le mascaret plusieurs fois. C'était un bel échange…»



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