mercredi 26 septembre 2012

Jean-François Dor : le blues du Norseman




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Depuis le 1er septembre, le magazine Intérieur Sport propose "L'enfer du Norse", un sublime reportage consacré au Norseman, un triathlon de l'extrême en Norvège. Au programme : 3,8 km de natation dans un fjord à 13°C, 180 km de vélo avec plusieurs cols et 42 km de course à pied dont une montée finale très raide. La compétition a eu lieu le 4 août. Les journalistes de Canal+, Marc Sauvourel et Fabien Duflos, ont suivi quatre concurrents français. Parmi eux, Jean-François Dor, un triathlète amateur de 34 ans qui a vécu, au Norseman, la plus belle journée de sa vie. Je l'ai appelé cet après-midi. L'interview devait durer 15 minutes, elle en a duré 55. Frissons garantis.

« Depuis 2 mois, je dors Norseman, je mange Norseman, je n'arrive pas à décrocher. Le Norseman est une expérience unique, une autre planète, un truc d'extra-terrestre. Ces 15 heures ont été ma plus grande émotion. Je peux dire ça car je ne suis pas encore papa. Je regrette que ça soit fini. Là, les gens commencent à moins en parler, les souvenirs s'atténuent. Moi, j'ai toujours envie d'être à fond ! Je regarde la vidéo d'Intérieur Sport une fois par jour. J'en ai des larmes aux yeux. J'aurais voulu que ça ne s'arrête jamais. »

http://www.flickr.com/photos/nxtri/
Jean-François est intarissable, il pourrait parler du Norseman pendant des heures. Il évoque les paysages magnifiques, la parfaite organisation… Mais surtout le souvenir laissé par ce ferry qui, tôt le matin, emmène les concurrents au départ de la course, au milieu du fjord. « On a passé 2 heures sur ce bateau. Tout le monde était très très stressé, comme si on partait à la guerre. Je n'avais jamais eu peur avant un triathlon. Mais là, j'avais peur. Et en même temps, je pensais "J'y suis". Pour partir, on saute du pont du ferry, à plusieurs mètres de haut. Il fait nuit, l'eau est froide et noire, on n'y voit rien… C'est un décor presque hostile. Mais c'est extraordinaire. Moi qui, d'habitude, aime voyager dans les pays chauds, je suis surpris d'avoir été autant chamboulé par un  milieu si étrange. » 

© http://www.flickr.com/photos/nxtri
Jeff finit la natation en 1h19, sa meilleure perf. La suite en vélo et à pied, au milieu des montagnes, n'est pas facile… Le final en côte à 10% est une tuerie. En manque de jus, Jeff n'obtient pas le tee-shirt noir, récompense attribuée aux 160 premiers de l'épreuve. Il prend le t-shirt blanc des "finalistes". « Au fond de moi, ce résultat, je le vis un peu comme un échec parce que, avec tout ce que j'ai traversé dans ma vie, je voulais faire mieux. Mais c'est intime… Finalement, mon principal objectif, celui d'aller au bout, je l'ai réalisé. »  

A regarder son palmarès de triathlète, vide, on se demande ce que Jeff était allé faire dans une aventure pareille. « C'est vrai, je n'avais jamais fait d'Ironman. Mon meilleur résultat en triathlon longue distance est une 40e place ! J'ai commencé seulement en 2008. Je suis un ancien footeux. Je me suis mis à faire beaucoup de vélo, 9 000 bornes en une année, lors de la rééducation d'un genou. Je me suis inscrit à un triathlon pour voir… et je n'ai plus arrêté. » 

C'est en feuilletant sa revue de chevet, Triathlète magazine, que Jeff avait découvert le Norseman l'an dernier. Le reportage-photo sur l'édition 2011 le séduit. Il s'inscrit. « C'était le truc impossible à faire, alors il fallait que je le fasse. Mon besoin de me surpasser est né, au départ, d'un manque de confiance en moi… Puis c'est devenu mon tempérament. Plus les gens disaient "vous êtes fou de vouloir faire le Norseman", plus ça me donnait envie d'y aller! »

Pour préparer le  Norseman, Jeff, qui ne fait pas les choses à moitié, avait révolutionné sa vie et changé de boulot, en juillet 2011. « Je suis passé d'un job de bureau à un poste en usine. L'intérêt, c'est les horaires en demi-journées, qui m'ont libéré du temps pour les entraînements. J'ai pu assurer 10 à 20 heures d'entraînement par semaine. Avec l'aide d'un nutritionniste, j'ai perdu 15 kilos en 4 mois. J'ai aussi perfectionné ma nage avec une maître-nageuse. J'avais donc beaucoup progressé avant d'arriver en Norvège. » 

© J.-F. Dor
10 mois de préparation, donc, auxquels Jeff a repensé pendant l'épreuve, quand la difficulté devenait trop lourde. « On n'abandonne pas. On sait qu'on vit un truc énorme. Alors on n'abandonne pas », raconte Jeff. « Et puis surtout, on est encouragé, tout le temps, pendant 15 heures. J'avais ma campagne à mes côtés, tous les gens de l'organisation, la personne qui te tend la main à la sortie de l'eau… Et les potes. » Avant l'épreuve, les deux journalistes de Canal + et les quatre héros qu'ils ont choisis pour leur film passent une semaine ensemble, histoire de faire les premières prises de vue. « On a accroché tout de suite et on a créé notre bulle. On s'est exclus des autres concurrents français, qui nous ont sans doute un peu jalousés… C'est probablement exagéré de dire qu'on forme une famille. Mais en tout cas, c'est de l'amitié. On a vécu dans un cocon. On prenait des nouvelles les uns des autres pendant le parcours. Je pensais à eux : indirectement, ils m'ont soutenu. Humainement, c'était très très fort. » 

© J.-F. Dor
Après tant d'implication avant l'épreuve, et tant d'émotions pendant, le retour à la vie normale a été très compliqué pour Jeff. « Le Norseman est déjà épuisant. Et moi, en août, j'ai enchaîné sur d'autres triathlons. Résultat : je suis cramé physiquement. Surtout, j'ai eu un gros creux mental, un gros coup de blues. Je suis encore sonné aujourd'hui. Après une telle expérience, le reste paraît fade ». A présent, le seul objectif de Jeff est d'organiser toute sa vie pour revivre des moments pareils. « Je dois réfléchir à beaucoup de choses. Quel travail faire pour concilier ma passion du triathlon, ma vie perso et le temps nécessaire pour m'entraîner ? A quelles épreuves m'inscrire pour retrouver la même adrénaline ? C'est le flou pour l'instant… »

Avec le Norseman, Jeff a définitivement acquis une certitude : « J'ai trouvé mon sport et je ne le changerai pour rien au monde. L'esprit du triathlon, c'est celui de l'égalité. La jeune fille de 20 ans, un vieil homme de 77 ans, un handicapé… Tous logés à la même enseigne. Et le manque de médiatisation de notre sport ne sera jamais un problème si ça permet de garder cette âme intacte. Le Norseman m'a ouvert grand les yeux sur ces valeurs. Je rêve désormais de les partager. J'ai envie d'aider les jeunes, d'encourager les para-triathlètes… » 


© J.-F. Dor
© J.-F. Dor






3 commentaires:

  1. J'ai vu ce magnifique reportage et j'en ai eu les larmes aux yeux. C'est une course extraordinaire et bravos à tous les participants, finishers noirs ou blancs, vous m'avez fait rêver...

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  2. bravo pour ta course... j'en rêve aussi pour 2013 mais il faut la chance d'être tiré au sort!! je viens d'un autre sport (équipe de france de karaté- vice champion du monde en 1997) et comme toi j'ai trouvé ma voie !!!
    j'ai 2 finischer sur l'embrunman!
    pourrez tu me donner quelques renseignements sur le déroulement de l'avant course(organisation,sponsor etc..) la course et l'après course!

    merci d'avance et encore félicitation Jeff le Norseman!

    PS: voilà mon mail : agnesdavidcolomban@wanadoo.fr

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  3. omg, craquant ce jeff. personnage le plus carismatique, et le plus hot, de la video de canal. bon choix pour le portrait!

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