vendredi 3 février 2012

Sur le tatami avec Teddy Riner : « Je n'aime pas perdre, voilà tout »


Le judoka Teddy Riner concourra dimanche au tournoi de Paris-Ile-de-France à Bercy. C'est l'une des rares compétitions prévues cette saison, dont le moment-phare sera le tournoi olympique du 28 juillet au 3 août. La qualification pour Londres est directe pour le top 22 mondial de chaque catégorie. Pour Teddy, actuel n°1 des plus de 100 kilos, elle est donc acquise.


Lundi matin, je suis allée assister à un entraînement de l'équipe de France dans le dojo de l'INSEP, installé sous un grand chapiteau en attendant la fin de travaux de rénovation. J'y ai rencontré Teddy et son entourage pour le journal l'actu. L'occasion de choper plein de petites infos sur son entraînement et sa vie quotidienne. 
Voici la version longue de cet article, qui paraît ce vendredi, enrichie de mes photos…
© Pauline Leroy, ne pas utiliser sans autorisation

CV. Né le 7 avril 1989 en Guadeloupe. 
Célibataire, vit chez ses parents, a une chambre à l'INSEP. 2,04 mètres. 132 kilos.
Médaillé de bronze aux JO 2008. 5 fois médaillé d'or et 1 fois médaillé d'argent aux Championnats du monde depuis 2007.

SEMAINE TYPE
Teddy s’entraîne matin et soir, chaque séance durant jusqu’à trois heures. Lundi : combat et travail physique. Mardi : technique et combat. Mercredi : travail physique et technique. Jeudi : technique et combat. Vendredi : combat et travail physique. Le week-end est réservé au repos ou à d’autres activités, comme le tennis. 

TECHNIQUE
«Une partie de l’entraînement consiste à faire des gammes, à reproduire les mêmes gestes, comme un musicien, précise Benoît Campargue, son coach. Mais rien n’est figé. On est toujours en reconstruction, on innove toujours, on cherche de nouveaux enchaînements. Par exemple, Teddy maîtrise la prise o-uchi-gari depuis 2009 seulement !» 

PHYSIQUE
Le judoka étant déjà costaud, la musculation est délaissée au profit d’un travail de coordination de tout le corps, avec des mouvements complets. Et le gainage évite les blessures. La course constitue le dernier pilier de l’entraînement. «Malgré son gabarit, Teddy est un bon sprinteur, qui court le 100 mètres en 12 secondes et demie, raconte l’entraîneur. Le vendredi, on fait une séance sur des marches : montée, descente, accélération… Il s’enthousiasme pour tous ces exercices dès lors qu’il a un objectif à atteindre. Teddy est un conquérant !» 

GAGNER TOUJOURS
«En compétition, je ne considère pas avoir d’obligation de résultat, précise Teddy. Si j’ai envie de perdre, je perds. Mais je n’aime pas perdre, voilà tout. Même à l’entraînement, mon objectif reste l’ippon. Si un adversaire m’en empêche, la frustration m’envahit et ça peut gâcher ma journée !» 

MAÎTRE DU TEMPS
Malgré les sollicitations de la presse et des sponsors, et ses études, la priorité de Teddy reste l’entraînement. «C’est pourquoi je gère son agenda. Tout passe par moi», déclare Benoît Campargue. «Teddy est très demandé par des médias de foot ou par la télé, ajoute Élisabeth Émery, son attachée de presse à la Fédération française de judo. Sans être bling-bling, il ne déteste pas ces propositions, il a envie de tout accepter. Mais il a compris qu’il devait filtrer. » Une journée est réservée aux médias chaque mois.

MENTAL OLYMPIQUE
«En ce moment, je me sens serein, sans pression», dit Teddy. A l'approche des JO, son coach approuve : «Il est déjà très concentré. Moi, je répète simplement qu’il ne faudra pas se laisser perturber par le côté festif des Jeux. Nous allons à Londres pour gagner, pas pour participer ! D’ailleurs, nous avons réservé un endroit au calme, loin du village olympique.» Benoît Campargue démystifie aussi l'événement : « Ça reste du judo, avec un tatami, des kimonos… ce qu'on connaît ! » 

POIDS
L’obsession de Teddy. «Je me pèse sans arrêt. Là, je suis à 132 kilos, mon poids de forme. Cette saison, j’équilibre mon alimentation. D’habitude, je me relâche pendant les vacances, ensuite je dois faire un régime ! Alors, c'est soda interdit, légumes, fruits et… poisson. » Teddy a dit ce dernier mot d'un air tellement victorieux qu'on s'interroge… C'est un exploit, de manger du poisson ? « J'en mangeais petit mais depuis, presque plus ». OK. En revanche, Monsieur raffole des crêpes. « C'est mon péché mignon. Je vais dans une baraque une ou deux fois par semaine, pour en manger quatre ou cinqJambon-fromage, Nutella, beurre-sucre… Tout me plaît !» 

UN VICE ?
Teddy, si tu n’étais pas sportif de haut niveau, tu aurais quel vice ? «La cigarette ne m’a jamais tenté, répond le champion. Je ne suis pas non plus attiré par l’alcool, à part une coupe de champagne de temps en temps. Mais peut-être que mon palais n'est pas encore assez formé et que ça viendra. En fait, je crois que… je mangerais encore plus !»  

ET EN DEHORS DU JUDO ?
« En vacances, j'adore les sports mécaniques, raconte Teddy. Je fais du jetski, du quad… Je joue aussi au foot ou au basket avec mes potes et mes cousins. au tennis, je ne suis pas mauvais : je cours comme un fou ! Et j'ai un bon niveau en ski alpin : j'ai appris, petit, en colo. Sinon, je joue aux jeux vidéo de voitures et de foot. Et j'adore le cinéma : je vais en salles mais surtout, j'ai une vidéothèque très fournie »

SCIENCES-PO
Depuis octobre 2011, notre judoka est inscrit, comme une dizaine d'autres champions, en première année du « certificat préparatoire » de Sciences-Po Paris. C'est un cursus de formation continue pour adultes, adapté aux sportifs de haut-niveau grâce à ses horaires aménagés. Il donne une solide culture générale. « Notre sport est amateur. C'est bien d'avoir un bagage intellectuel », approuve l'entraîneur Benoît Campargue. Dans l'optique de préparer son après-carrière sportive, et de devenir un jour businessman, Teddy y passe 6 à 8 heures par semaine. « Cela me permet de m'instruire, de travailler ma matière grise. Et aussi de voir autre chose, pour ne pas manger du tatami tout le temps. » 


© Pauline Leroy, ne pas utiliser sans autorisation

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